Le modèle allemand de développement des énergies renouvelables est-il enviable ?

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Corentin Sivy, Responsable développement NOVEO EN, revient sur le développement des EnR en Allemagne en le comparant au « modèle » français dans lequel l’énergie nucléaire reste prépondérante.

L’Allemagne est souvent montrée du doigt et accusée de développer les énergies renouvelables au prix d’un recours massif au charbon et d’importations massives d’électricité française (nucléaire donc). Mais ces deux assertions sont fausses.

Recours aux énergies fossiles en baisse

Entre 1999, début du virage vert de l’énergie allemande et 2009, la part du charbon a baissé de près de 2 points dans le mix énergétique total et celle du pétrole de près de 5 points, le gaz compensant tout juste la baisse de la part du charbon avec 2 points de hausse. Le bilan global est donc de 5 points de baisse des fossiles dans le mix énergétique allemand, quand le nucléaire baissait de 2 points et que les énergies renouvelables augmentaient de plus 6 points. Les ENR ont ainsi remplacé du nucléaire comme des énergies fossiles dans le mix allemand.

Les Allemands ont réussi à passer de 2,4% d’ENR dans leur mix énergétique à 8,5% quand nous passions de 6,5% à 7,5% sur la même durée. D’autre part les Allemands ont creusé l’écart avec nous sur la consommation d’électricité des ménages, nous étions sur la même base en 1991 et il y a aujourd’hui un écart de 27% en notre défaveur !

Concernant les importations d’électricité, l’Allemagne était effectivement importatrice nette envers la France en 2002 mais la tendance s’est largement inversée au fil de la montée en puissance de leurs ENR et de la baisse de leurs productions fossiles et nucléaires. En 2009, nous achetions à l’Allemagne 3 fois plus d’électricité (20TWh) que nous ne lui en vendions.

Côté emploi, l’Allemagne comptait plus de 333.000 emplois en 2009 dans le secteur de la production d’énergie verte quand la France y disposait de 135.000 emplois (dont 60.000 dans la seule biomasse) et de près de 100.000 emplois dans le nucléaire, faiblement pourvoyeur en emplois par GWh produit comparé aux ENR du fait de son caractère ultra-centralisé.

L’Allemagne a su développer un solide secteur vert et dépasse la France avec davantage d’énergies renouvelables dans son mix. Elle réalisait un chiffre d’affaires 3 fois supérieur à la France dans le secteur de l’énergie verte avec 36 milliards d’euros en 2009, ce qui se retrouve dans la différence entre les balances commerciales des deux pays.

Enfin, en France nos seuls investissements publics officiels dans la fission nucléaire représentent davantage que ceux des Etats-Unis et 50 fois plus que ceux de la Chine. Le budget recherche du nucléaire présenté en 2010 indique que 760 millions d’euros y sont consacrés, soit 50% de plus que le niveau atteint par la CSPE solaire la même année et jugée, elle, inacceptable par le gouvernement car de nature à faire augmenter le prix de l’électricité. Cet exemple est une illustration parfaite de la politique de 2 poids 2 mesures du gouvernement actuel en matière énergétique entre le nucléaire et les énergies renouvelables. Il est temps que cela cesse et qu’une politique claire, stable et pérenne soit mise en place.

Stabilité du cadre réglementaire germanique

L’Allemagne partait de bien plus loin que la France mais a su s’imposer des objectifs très ambitieux qui lui permettent de nous dépasser largement aujourd’hui. Cette politique  est basée sur une régulation stricte et un cadre stable.

La régulation a permis de limiter l’impact sur le consommateur et le contribuable. Le cadre stable mis en place a rendu possible le développement industriel majeur de ces filières.

La politique française a échoué sur trois points :
- En contribuant à créer une bulle spéculative sur certains segments
- En détruisant la stabilité, nécessaire à l’émergence d’un secteur industriel, créateur d’emplois et exportateur.
- En maintenant un prix artificiellement bas et de gaspillage électrique (chauffage en particulier) néfaste pour l’efficacité énergétique.

Au final, la France aura combattu bien plus fiévreusement la petite spéculation photovoltaïque que les spéculations financières mondiales !

Il n’est pourtant pas trop tard, le secteur de l’énergie connaît une révolution verte et les techniques progressent très vite. La France dispose d’une certaine avance en matière de recherche dans des secteurs clé comme le solaire, l’éolien, les énergies marines : il faut désormais une volonté politique exprimée et claire pour assurer des débouchés, et un cadre pour que nos industriels se lancent.

Avis d’expert proposé par Corentin Sivy, Responsable développement NOVEO EN